Auteur : jolg

22 Octobre – On the road again

Bonjour,

Cet après-midi je reprends la route.  En espérant ne pas devoir m’arrêter à nouveau.
Le 20 septembre 1519, les 5 navires de l’expédition quittaient San Lucar de Barrameda à l’embouchure du Guadalquivir. Je ne sais quand ni où ni même si je vais les rattraper à 501 années de distance. J’ai 32 jours de retard à combler.

Magellan et sa flotte ont passé l’Equateur vers le 20 novembre.  Pour le passer à cette date, il me faut faire une moyenne d’environ 100 milles par jour. Jouable pour Juan.

En espérant que d’ici là on ne se fera pas couper en deux par les moustaches d’un Imoca parti à la poursuite du temps qui passe.

Jo Le Guen

18 Octobre – Arrêt météo à Portimão

Bonjour,

Au mouillage à Portimao au sud du Portugal. 
Une dépression s’installe et va balayer le Sud jusqu’aux Canaries. Vu mon programme, aller au baston n’apporterait rien. Donc pause météo jusqu’à jeudi à priori.

Dans la descente depuis la Bretagne, Juan s’est bien comporté, un bon petit bateau. Il me semble qu’on s’entend bien. J’aurais préféré ne  pas m’arrêter bien entendu, histoire de rester dans le rythme qui avait commencé à se mettre en place, mais (je déteste cette expression) c’est comme ça.

Le départ vendredi dernier était émouvant bien sûr.
Mes amarres ont été larguées par 2 grands noms de la voile, Yvon Fauconnier et Eugène Riguidel. L’inusable Alain Connan, 88 ans, un parcours de vie aussi incroyable qu’inspirant était passé un peu plus tôt dans la semaine.
Après une soirée raisonnablement arrosée où il s’était couché à 1h du matin [ la veille chez Eugène il n’avait pas fait mieux ] il s’est levé à 6h du matin, un bol de café et une crêpe, et le voilà parti à 7h  direction la Bourgogne où il demeure.  A 14h30 il était chez lui ! A 88 ans ! Moi qui me considère comme un vieux à 73 ans, je me dis que tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir.

Quand je descendais le long du Portugal, je le regardais d’un autre oeil, pas Alain Connan, le Portugal.
Devant Porto, c’est dans cette région qu’est probablemennt né Magellan, devant Lisbonne, Bartolomeo Diaz, Vasco de Gama, Magellan pour ne citer qu’eux ont navigué dans ces eaux, en doublant le cap St-Vincent comment ne pas penser à Henri le Navigateur, qui n’a quasiment jamais navigué, mais à oeuvré toute sa vie pour permettre au Portugal de se doter des meilleurs marins, pilotes, commandants et bateaux.

Comme j’ai pris la première à gauche en doublant St-Vincent je n’ai pas encore eu l’honneur de croiser la route de la Victoria qui, après être montée jusqu’aux Açores lors de son voyage retour, a pris les vents d’Ouest pour rentrer à Séville.
Lorsque je quitterai Portimao en route vers le Sud, je croiserai obligatoirement sa route. A un moment et un endroit précis que je ne connaîtrais jamais, Juan Elcano, mon brave bateau, cap au Sud, va traverser l’image de la Victoria  menée par Juan Elcano, son capitaine, cap à l’Est. A 498 ans de distance.

Imaginons « quelqu’un » dans l’espace situé à 498 années-lumière de la Terre. S’il regarde la Terre grâce à son téléscope, s’il parvient à percer les couches de nuages, il verra ce qui s’y passait il y a 498 ans, entre autres, la Victoria faisant voile vers Séville.
Ce moment, comme tous les moments est éternel, pour le voir il suffit d’être à la bonne distance-lumière de la Terre. Et il est partout parce que quiconque, où qu’il soit, pourvu qu’il soit à la bonne distance année-lumière pourra voir l’action se dérouler.
Tout ce que vous faîtes en ce moment est éternel. Il suffira à quelqu’un, doté du téléscope adapté, d’être à la bonne distance-lumière pour vous voir mettre la main dans le pot de confiture.
Chaud l’affaire !

Jo Le Guen

4 octobre – Le doute et la peur.


Le doute et la peur.

Bonjour,
Monter un projet c’est prendre le chemin de l’incertitude.
Vais-je parvenir à le rendre concret ?
Et s’il voit le jour, vais-je être à la hauteur ?
Depuis 3 ans je parle, et je parle et je parle.
J’ai d’abord parlé pour tenter de convaincre les uns et les autres de me suivre dans mon projet de traversée à la dérive de l’océan Atlantique des Canaries aux Antilles, sur un voilier sous lequel serait suspendu entre 5 et 10 mètres de profondeur, un container ouvert de 6 mètres de long.
L’idée était d’observer le développement de la vie dans et autour de ce container durant les environ 3 mois de traversée, poussés uniquement par la force du vent, des vagues et de la houle sur la coque du voilier.
On traversait l’océan à la dérive à reculons en remorquant notre container immergé.
Se déplacer sans bruit parasite à 2/3 km/heure en eaux chaudes aurait attiré tout ce qui vit dans l’océan.
Nous aurions créé un support de vie.
Je ne suis pas parvenu à monter ce projet.
Dans ces cas là on ne peut s’en prendre qu’à soi-même.
Déçu et frustré, je me suis plongé dans la lecture et me suis retrouvé avec le « Magellan » de Stefan Sweig.
J’ai pris conscience qu’entre Magellan, Vasco de Gama, Amerigo Vespucci, je ne savais pas vraiment qui avait fait quoi et dans quel ordre.
Je me suis plongé dans la littérature.
Au bout d’un moment, je me suis dit : en 2022, cela fera 500 ans qu’un des bateaux de l’expédition de Magellan bouclait le premier tour du monde à la voile dans l’histoire de l’humanité.
Et c’est reparti.
Histoire d’essayer de ne pas rester sur un échec,
histoire aussi de tenter aussi de servir à quelque chose,
histoire de ne pas rester assis à ne rien faire alors que je me sens encore en capacité d’agir,
histoire d’essayer de transmettre à quelques uns,
histoire de…histoire de…histoire de… me voilà en ce 4 octobre attendant une fenêtre météo pour quitter la Bretagne sur un brave petit voilier de 8m20 baptisé Juan Elcano du nom du premier capitaine à avoir accompli un tour du monde, ce qui n’était pas du tout son objectif initial.
Maintenant que j’ai réussi à être au départ, vais-je être à la hauteur ?
En Bretagne comme ailleurs, nous avons des phrases que l’on peut qualifier de définitives.
Pour les marins il y en a une, radicale :
Entre le dire et le faire, il y a la mer.
Et si je me vautrais au bout d’un jour de navigation, et si… et si… le doute.
La peur de n’avoir fait que parler et parler encore.
Cela fait 3 ans que je parle.
Si je n’avais pas déjà monté des projets et réalisé des traversées, je pourrai me dire que je ne suis bon qu’à parler.
Calme toi Joseph.
Vendredi ça a l’air d’être bon au niveau météo durant les 3 ou 4 jours qu’il me faut pour traverser le golfe.
Donc à vendredi sur l’eau.
On croise les doigts.
Si vous voulez suivre notre progression à Juan et moi-même, une carte animée actualisée chaque jour est à votre disposition sur la page d’accueil de Sillages
La prochaine newsletter devrait être écrite du bateau.
Si Dios quiere…
Jo Le Guen

26 septembre – L’attente

L’attente

Attendre que la météo veuille bien me laisser partir.
Le bateau est prêt (presque).
C’est Bagdad dans le Golfe de Gascogne.
Un site animé et coloré pour voir ce qui va se passer au niveau météo dans les prochains jours : Windy
En début de semaine j’ai cru pouvoir partir demain, dimanche 27, mais la fenêtre météo s’est refermée.
Le problème quand on se trouve en Bretagne et que l’on veut descendre le long du Portugal pour atteindre des cieux supposés cléments est qu’il faut traverser le Golfe de Gascogne.
Avec mon bateau il me faut entre 3 et 4  jours.
Demain dimanche le temps sera frais mais correct à la pointe de la Bretagne.
Mais si je pars demain je vais me faire cueillir par du vent fort et de face avant d’arriver en Espagne.
Vous pouvez me dire que faire face à des vents forts et de face fait partie de la navigation.
C’est vrai, j’en sais quelque chose.
Mais je pars pour un long voyage avec un bon petit bateau.
Tout voyageur a en tête le conseil de Racine : Qui veut voyager loin ménage sa monture.
Donc je ménage.
Windy me laisse entrevoir un départ dimanche 4 ou lundi 5.
Espérons qu’il ne changera pas d’avis d’ici là.
Partant pour essayer de refaire le parcours de Magellan m’amène à penser à lui bien entendu.
Les 5 navires de son expédition ont quitté Séville de 10 août, pour arriver à l’embouchure du Guadalquivir 2 jours plus tard.
Ils y sont restés 40 jours avant de pouvoir partir vers les Canaries le 20 septembre.
Que se passait-il dans la tête de Magellan durant ces 40 jours ?
Depuis déjà un bon moment il était au pied du mur n’ignorant pas qu’il avait menti à tout le monde, d’abord et avant tout au roi d’Espagne.
Il prétendait connaître un passage pour aller à ces fameuses îles aux épices, les Indes, en faisant le tour du nouveau continent découvert par Colomb, l’Amérique.
Il n’en savait rien.
Pourquoi les Espagnols ont cru ce Portugais taciturne, pas du tout le genre bonimenteur ?
Pour une bonne raison : l’appât du gain.
Ils enrageaient de voir le Portugal crouler sous l’or et l’argent en allant jusqu’aux Indes en contournant l’Afrique.
Route qui leur était interdite à la suite d’un traité qu’ils avaient eu la malencontreuse idée de signer en 1494 suite à la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb 2 ans plus tôt.
Marché de dupes. Ca s’appelle se tirer une balle dans le pied.
Ils avaient déjà tenté de trouver un passage au sud de l’Amérique en envoyant une expédition en 1516 descendre le long du Brésil.
Hélas ! Le commandant de l’expédition s’était fait tuer avec une dizaine de ses matelots au fond du rio de la Plata.
Le reste de la flotte avait fait demi-tour vite fait.
Et voilà que dans ce contexte, ce bougon de Magellan arrive à Séville en disant : « J’ai des informations ».
Les Portugais étaient les rois des mers à l’époque.
Ils étaient les seuls à détenir des informations sur un grand nombre de routes maritimes.
Et ce Magellan, n’a-t-il pas fait campagne aux Indes, n’est-il pas allé à Malacca, étape ultime avant les îles aux épices ?
Certains objectèrent qu’il s’était fait jeter [pardon pour le langage mais ça s’est passé comme cela] par Manuel 1er roi du Portugal lorsqu’il aborda la question de son projet.
Tout à fait logique rétorquèrent d’autres, les Portugais ont déjà accès aux épices en faisant le tour de l’Afrique, pourquoi prendre des risques inconsidérés pour obtenir ce qu’ils ont déjà ?
Ces derniers surent trouver les arguments pour convaincre le jeune Charles Quint.
Bingo !
Cet obscur portugais va jaillir en pleine lumière et tel que c’est parti…pour l’éternité.
Tout ça bâti sur un mensonge.
Chaud l’affaire.
Voilà ce que je voulais vous dire en ce 26 septembre 2020.
Je ne pars pas pour faire fortune, mais pour modestement mettre mon étrave dans le sillage de ces marins qui naviguaient dans des conditions épouvantables à la merci de toutes les maladies, du terrible scorbut entre autres.
242 marins participèrent à l’expédition dont un gamin de 7 ans.
91 revinrent en Espagne (pas le gamin abandonné à Brunei à 9 ans).
–   1 quitta l’expédition lors de la première escale aux Canaries,
– 55 eurent la vie sauve parce qu’ils avaient fait demi-tour dans le détroit pas encore dit de Magellan abandonnant le reste de l’expédition.
– 35 d’entre eux firent le tour du monde.
Y parviendrai-je ? Je ne sais pas.
Mais si tout cela vous intéresse, n’hésitez pas à adhérer à Sillages, l’association porteuse de ce projet dans lequel il n’y a pas une goutte de pub, que de l’eau de mer.
Bon vent à toutes et à tous.

Jo Le Guen  

5 septembre – The Covid

The Covid.

Bonjour,

Mon projet initial, refaire le parcours de Magellan en mettant mon étrave dans le sillage de sa flotte, m’arrêter là où ils se sont arrêtés il y a 5 siècles, n’est plus réalisable.
Les frontières du Brésil et d’Argentine sont fermées pour cause de Covid.
Quant à savoir quand elles rouvriront, bien malin qui peut le dire.
Au Chili elles le sont aussi, mais j’ai contacté le port de Punta Arenas qui se trouve au milieu du détroit de Magellan pour leur demander s’ils accepteraient que j’y fasse escale dans la mesure où j’arriverai là-bas en étant parti d’Espagne sans faire escale ni au Brésil ni en Argentine.
Ils m’ont donné leur accord. Cela implique entre 2 et 3 mois de mer sans escale, de Sanlucar situé à l’embouchure du Guadalquivir en Andalousie jusqu’au Chili.
C’est de Sanlucar qu’est partie l’expédition de Magellan au mois de septembre 1519.

Au bout d’un moment, il faut bien prendre une décision. On ne peut pas rester là à attendre on ne sait plus très bien quoi.

Je programme donc mon départ à la fin de ce mois de Lampaul Plouarzel à la pointe du Finistère.
Un passage rapide à Sanlucar pour “prendre la température”, imaginer les 5 navires de Magellan achevant leurs préparatifs au mouillage devant le port et “route pêche” comme on dit en Bretagne, direction la Patagonie.
Chaud l’affaire.
Il sera possible de suivre la progression de mon bateau sur une carte actualisée chaque jour consultable à partir de ce site. Je pourrai recevoir et émettre des mails ce qui permettra des échanges en particulier avec les classes qui suivront le parcours.
Les premières pierres de la mondialisation ont été posées durant cette période dite des “Grandes Découvertes”.
J’ai entrepris d’écrire un livre sur cette période fascinante qui a bouleversé, de manière pas toujours positive, loin s’en faut, la vie des habitants de cette planète.
Tenter de présenter de manière simple comment les principaux acteurs de cette période, le Portugal, l’Espagne, l’empire Ottoman, Venise et Gênes, ont façonné un monde nouveau tandis que Gutenberg mettait au point l’imprimerie et que Copernic démontrait que la Terre tournait autour du Soleil et non l’inverse.
Avec pour fils d’Ariane le voyage de Magellan et modestement, le mien. Vous trouverez les premières pages de ce livre sur la page d’accueil de ce site.
Chaque mois j’enverrai du bateau une quinzaine de pages que vous pourrez recevoir en pdf.
Cette aventure que je propose ne servira pas de support à une quelconque campagne de publicité, mais chacun sait que tout coûte, aussi je réserverai ces envois mensuels aux adhérents à Sillages.
Sachant que la cotisation annuelle est de 10€. 
C’est pas la mer à boire -:)
Bon vent à toutes et à tous
Jo Le Guen