Auteur/autrice : jolg

9 janvier 2021 – Nouvelles de Plouarzel

Bonjour à toutes et à tous,

Ma mère âgée de 94 ans se remettant mal d’une intervention chirurgicale, j’ai décidé de rentrer en Bretagne pour la revoir avant de repartir vers le Sud de l’Amérique du Sud. Cette visite ne compromet en rien le programme car comme je l’ai dit dans la précédente newsletter, mon départ de Guyane ne peut se faire avant la fin mars. L’objectif étant d’arriver au Sud de l’Argentine à la fin novembre.

5 Janvier 2021 – Nouvelles de Guyane

Bonjour à toutes et à tous,


Le meilleur possible pour cette nouvelle année qui commence difficilement pour beaucoup de personnes parmi lesquelles celles empêchées de travailler pour cause de Covid.

Me voici donc en Guyane à Saint-Laurent du Maroni depuis 2 semaines, où j’ai été très bien accueilli. (ci-joint le reportage de Guyane 1).

Si on voit le verre à moitié vide, on dira que j’ai « perdu » un an.

C’est étrange d’employer le mot « perdu » alors qu’on est dans l’ignorance totale de ce qui va se passer. Comment perdre un an qu’on n’a pas encore vécu ?

Disons qu’il y a un décalage d’un an dans mon programme.

Dans un premier temps, je vais occuper ce temps disponible pour rencontrer des élèves et leur parler de ces « Grandes Découvertes » qui ont été à l’origine du peuplement de cette région.

Ensuite, préparer mon bateau pour la suite du programme.
Changer le gréement qui est manifestement trop faible.
Je ne peux pas arriver au Sud de l’Amérique du Sud avant le mois de novembre, ce qui correspond au niveau saison au mois de mai dans notre hémisphère.

L’idée est de descendre doucement en fonction des conditions météo, d’arriver dans un port situé au Sud de l’Argentine, Puerto Deseado, et là attendre une fenêtre météo permettant d’arriver jusqu’à l’entrée du détroit. Ensuite arriver à un port, Porvenir, situé en face de Punta Arenas. Bien qu’étant la ville la plus importante de Patagonie, Punta Arenas est à haut risque pour les voiliers. Il n’y a pas vraiment d’abri.

Aller de l’entrée du détroit à Porvenir n’est pas chose simple.

Environ 130 milles à parcourir, mais on ne peut progresser que par tranche de 6 heures avec la marée à condition que le vent ne soit pas contre le courant.

Ça peut être sportif.

Après Porvenir, la route est pourvue d’abris naturels permettant de s’abriter des coups de vents fréquents dans cette région.

Ça restera sportif de toute façon.

Une question vient à l’esprit quand on étudie les conditions de navigation dans ces régions.

De quel bois étaient donc fait des hommes comme Magellan et ses 240 hommes d’équipage qui naviguaient sur des bateaux lourds, peu manœuvrants, sans moteur,
sans cartes, sans savoir où ils allaient, ce qu’ils allaient trouver quand ils approchaient de la côte, bancs de sable, courants violents et la mer qui va avec.

Aujourd’hui l’entrée d’un port comme San Julian au Sud de l’Argentine est fortement déconseillée même aux voiliers de grande taille munis de moteur, de GPS, de cartes précises.

Magellan et ses navires y sont entrés et ressortis tout comme le célèbre pirate anglais Françis Drake 58 ans plus tard. Les caprices du hasard ont fait que Drake comme Magellan a du faire face à une mutinerie dans ce port et comme Magellan il a fait décapiter un de ses capitaines. Encore plus étonnant : lors du passage dans le détroit, un de ses bateaux s’est mutiné et a fait demi-tour comme le San Antonio, un des bateaux de Magellan, l’avait fait 58 ans plus tôt. L’autre soir je discutais avec un skipper qui avait construit son bateau et naviguait autour du monde depuis 1984.

Notre conclusion était qu’on n’est plus les mêmes, le progrès nous a ramolli.

Il n’y a pas eu que Magellan et Drake, comment ne pas mentionner Cook et Bougainville, pour ne citer qu’eux. Ils étaient manifestement d’une autre trempe.

Revenons à aujourd’hui.

Pour le moment c’est pause impromptue en Guyane.

Le plan : départ vers avril pour retraverser l’Atlantique en remontant le moins haut possible, direction Dakar.

Visite à Gorée, centre de regroupement des esclaves en partance pour les Amériques, haut lieu symbolique de la traite « négrière ».

C’est ça aussi la période dite des « Grandes Découvertes ».

Si possible, visite d’écoles à Dakar.

Il serait intéressant de comparer les différents points de vue sur la traite entre les élèves de Guyane, du Sénégal et de France.

Il faut avoir à l’esprit que moins de 40 ans après l’abolition de l’esclavage, en 1885, les pays européens se sont réunis à Berlin
pour se partager l’Afrique.

En juillet/août suivant la météo, descente vers le Brésil.

Same player shoots again.

Je vous tiendrai régulièrement informés.

11 Décembre 2020 – Qui, Quoi, Combien, Comment ?

Bonjour,

Une question qu’on me posait de temps en temps : c’est quoi ton budget ?
Autre question sous-entendue : comment il est financé ?

Il y a environ 2 semaines j’ai été contacté par une prof de seconde. Les Grandes Découvertes sont à leur programme. Ses élèves, charmants geeks qui pensent inconsciemment que les smartphones [merci Steve] ont toujours existé,  avaient beaucoup de questions à me poser et auraient aimé organiser une visioconférence entre eux en classe et moi sur mon bateau.  J’ai répondu à cette professeure que le budget qui me permettait d’être là aujourd’hui était inférieur au coût du matériel nécessaire pour pouvoir faire une visioconférence à partir d’un bateau.

Eh oui, il y a plusieurs planètes, celle du Vendée Globe par exemple où ce type de prestation est possible et celle de l’armada de gens qui naviguent avec moins de moyens. Il faut de tout pour faire un monde.
Au départ de l’Aber Ildut, mon budget était de 18 000 € tout compris : achat du bateau, renouvellement du matériel, de l’équipement, changement du gréement, achat de matériel spécifique comme le routeur Iridium Go [qui permet d’envoyer et recevoir les posts, des mails, des SMS, de téléphoner] achat de nourriture pour 3 mois environ.
Budget de fonctionnement : je paie 175 € par mois pour vous envoyer les posts quotidiens qui font vivre la traversée. Ce montant comprend l’ensemble des prestations qui utilisent le réseau satellite. Les frais de gestion mensuels de l’association Sillages sont de 80€.

Voilà vous savez tout.

Seconde question : d’où vient l’argent ?

Printemps 2019. Je suis invité à Mezos dans les Landes pour présenter mon projet de dérive dans l’Atlantique et le film Marées noires. A la rentrée de septembre je dois admettre que je ne parviendrais pas à monter ce projet. Pour me vider la tête,  je me plonge dans l’histoire des Grandes Découvertes et j’arrive inévitablement sur Magellan.

Je dévore tout ce qui me tombe sous la main, en particulier la bible au niveau Magellan : Le Voyage de Magellan aux éditions Chandeigne. Si vous voulez une histoire bien racontée, lisez Magellan de Stefan Zweig, mais si vous voulez tout connaître de ce voyage, lisez le Voyage de Magellan.
Bref,  j’avance dans ces lectures et finis par me dire : tu vas avoir 73 ans, tu n’as jamais fait le tour du monde, et si tu refaisais le parcours de cette expédition. Ça mûrit et lors d’un échange avec une personne rencontrée à Mezos, on en parle et elle me dit : « Si tu veux je te prête 10 000 € pour ce projet, tu me les rendras en 2024. » 
Et là c’est parti. Recherche d’un petit mais bon bateau pas cher. Je finis par trouver cet excellent Dufour 2800 à Brest. 10 000 € ce n’est pas suffisant pour partir. J’emprunte 4 000€ sur 2 ans, arrive, je ne sais pas trop comment à mettre 2000 €, les 2000€ restants provenant d’adhésions à l’association Sillages [10€ par an] et de dons.

Voilà comment on en arrive à tenter de doubler le Cap San Roque au Brésil.

Tout cela est rendu possible par le soutien indéfectible de Klau, ma compagne qui pourtant déteste que je parte, de sa fille Morgane qui de Belgrade où elle habite, se démène pour alimenter [quel talent !] Facebook et Instagram afin que les uns et les autres puissiez suivre ce voyage, de Morgan un de mes fils, qui gère le site internet, de Guy, météorologue qui me guide de Tahiti où il réside et de Xavier, un de mes frères, qui m’envoie des infos météo quand Guy n’est pas dispo.
Fred, également de Profs en transition, Gilbert de Lampaul, mécano hors pair et Maurice, sorcier de l’Open CPN. Et bien entendu, la personne rencontrée à Mezos qui a porté ce projet sur les fonds baptismaux. J’oublie quelqu’un bien sûr, qu’il ou qu’elle me pardonne.

Des classes suivent ce voyage, pour moi c’est vraiment important. Ces voyages n’ont d’intérêt que s’ils apportent aux autres.

Latitude, longitude, tropiques, milles marins, droits de l’homme, mondialisation, il y en a des choses à raconter autour de l’expédition de Magellan.
C’est ce que je vais m’efforcer de faire tant que ce voyage continue.

Si cela vous parle, vous intéresse ou vous touche, n’hésitez pas à soutenir ce projet artisanal sans aucune pub. Vous pouvez le faire à partir du site de Sillages ou directement sur la page de l’association.

N’oubliez pas que l’Etat vous remboursera les 2/3 de votre participation. 
Une manière cool d’orienter la dépense publique. 

Allez, on y retourne, il faut doubler San Roque…

Jo Le Guen

13 Novembre – Migrants Climatiques

Que d’eau ! Que d’eau !

Des pintes, des litres, des girafes, des mètres cube par millions, par milliards et dans cette eau, 95% de la biomasse de cette planète, invisible à nos yeux égocentrés, le plancton.
On parlera de Magellan et de ce voyage une autre fois, après l’histoire du télescope adapté, j’ai envie de vous parler des premiers migrants climatiques.

Il était une fois une planète avec des océans et de la terre ferme.
La vie s’était développée depuis fort longtemps dans les océans, mais pas sur la terre ferme où les méchants rayons ultraviolets, les fameux UV, venus de l’espace, brûlaient tout sur une petite épaisseur, 10 cm environ, mais largement suffisante pour empêcher tout développement de la vie.

Que faire ? Zorro n’était pas près d’arriver. L’ange Gabriel ? On l’attend toujours.  Le seul sauveur de la planète disponible à l’époque c’est…le plancton.
Mais comment va faire le gentil plancton qui vit dans l’eau pour empêcher les méchants UV venus de l’espace de tout brûler sur leur passage ?

Il paraît que le plancton n’a pas de cerveau, mais c’est à se demander.
A quoi sert un cerveau d’ailleurs, si c’est pour au final  mettre en œuvre des mécanismes qui  menacent toute forme de vie ?
Je vous le demande.

Le plancton, nuit et jour, été comme hiver, qu’il fasse beau ou pas, passe son temps à absorber du gaz carbonique dont il extrait le carbone qui le nourrit et rejette l’oxygène dont il n’a que faire.
Un vrai morphale.

Vous devez savoir comment on appelle un gaz rejeté par un individu. Pas besoin d’aller à l’école pour ça. Que devient l’oxygène rejeté par le gentil plancton ?
Il s’en va dans l’atmosphère.
Il y a tellement de plancton qui n’arrête pas d’absorber tellement de gaz carbonique, qu’il y a de plus en plus d’oxygène dans l’atmosphère.

En fait, ce qu’on appelle oxygène est un ensemble composé de 2 atomes d’oxygène.
Cet ensemble s’appelle une molécule.

Les dernières molécules d’oxygène expulsées par le plancton poussent vers le haut celles qui étaient déjà là, bien installées.
Et… ?
Là, c’est le retour sur scène des méchants UV. Quand ils voient arriver l’oxygène tout là-haut, ils le bombardent.
Plus bas, ils auraient bien aimé, mais ils n’avaient plus assez d’énergie. Mais là-haut ils en ont assez et ils cassent ! Et ils cassent !! Et ils cassent encore !!!
Voilà nos atomes d’oxygène éjectés de leur molécule, errant dans l’espace à la recherche de quelque endroit où se réfugier.

Les premiers migrants climatiques ce sont eux, les atomes d’oxygène.
Le plus beau reste à venir.

Les atomes d’oxygène, sont comme vous et moi, ils ont horreur de la solitude. Ils cherchent désespérément un abri.
Et quoi de meilleur comme abri sinon une molécule d’oxygène ?
Vite fait, bien fait, par la porte ou par la fenêtre, l’atome d’oxygène squatte la première molécule d’oxygène à sa portée, sans même demander l’avis des propriétaires. Le principe du squat.

Et alors que se passe-t-il ? Quel rapport avec la terre brûlée par les méchants UV ? Et bien la molécule d’oxygène qui avait 2 habitants, en a maintenant 3. Du coup, ce n’est plus une molécule d’oxygène, mais une molécule d’ozone.

Et alors ?

La molécule d’ozone a une propriété, elle filtre les UV !!!
Ceux-ci bombardent et cassent tant et si bien qu’une fine couche d’ozone finit par se constituer et parvient à les empêcher de brûler les 10cm de terre qui interdisait à la vie de se développer.
Pas croyable mais la pure vérité.

Et ce qui devait arriver, arriva. Une algue plus curieuse que les autres pointa, avec prudence, le bout de son nez sur le rivage, s’y trouva pas si mal que ça et voilà comment tout a démarré. De là les plantes, les dinosaures et nous.

En fait, si l’homme finit par détruire la planète, c’est la faute aux UV. Ils n’avaient qu’à pas bêtement casser de la molécule d’oxygène, la vie ne serait pas apparue telle que nous la connaissons aujourd’hui.
A moins que ce soit la faute au plancton. Il n’avait qu’à ne pas rejeter d’oxygène.
A moins que ce ne soit que la faute de l’homme finalement.

Jo Le Guen

22 Octobre – On the road again

Bonjour,

Cet après-midi je reprends la route.  En espérant ne pas devoir m’arrêter à nouveau.
Le 20 septembre 1519, les 5 navires de l’expédition quittaient San Lucar de Barrameda à l’embouchure du Guadalquivir. Je ne sais quand ni où ni même si je vais les rattraper à 501 années de distance. J’ai 32 jours de retard à combler.

Magellan et sa flotte ont passé l’Equateur vers le 20 novembre.  Pour le passer à cette date, il me faut faire une moyenne d’environ 100 milles par jour. Jouable pour Juan.

En espérant que d’ici là on ne se fera pas couper en deux par les moustaches d’un Imoca parti à la poursuite du temps qui passe.

Jo Le Guen

18 Octobre – Arrêt météo à Portimão

Bonjour,

Au mouillage à Portimao au sud du Portugal. 
Une dépression s’installe et va balayer le Sud jusqu’aux Canaries. Vu mon programme, aller au baston n’apporterait rien. Donc pause météo jusqu’à jeudi à priori.

Dans la descente depuis la Bretagne, Juan s’est bien comporté, un bon petit bateau. Il me semble qu’on s’entend bien. J’aurais préféré ne  pas m’arrêter bien entendu, histoire de rester dans le rythme qui avait commencé à se mettre en place, mais (je déteste cette expression) c’est comme ça.

Le départ vendredi dernier était émouvant bien sûr.
Mes amarres ont été larguées par 2 grands noms de la voile, Yvon Fauconnier et Eugène Riguidel. L’inusable Alain Connan, 88 ans, un parcours de vie aussi incroyable qu’inspirant était passé un peu plus tôt dans la semaine.
Après une soirée raisonnablement arrosée où il s’était couché à 1h du matin [ la veille chez Eugène il n’avait pas fait mieux ] il s’est levé à 6h du matin, un bol de café et une crêpe, et le voilà parti à 7h  direction la Bourgogne où il demeure.  A 14h30 il était chez lui ! A 88 ans ! Moi qui me considère comme un vieux à 73 ans, je me dis que tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir.

Quand je descendais le long du Portugal, je le regardais d’un autre oeil, pas Alain Connan, le Portugal.
Devant Porto, c’est dans cette région qu’est probablemennt né Magellan, devant Lisbonne, Bartolomeo Diaz, Vasco de Gama, Magellan pour ne citer qu’eux ont navigué dans ces eaux, en doublant le cap St-Vincent comment ne pas penser à Henri le Navigateur, qui n’a quasiment jamais navigué, mais à oeuvré toute sa vie pour permettre au Portugal de se doter des meilleurs marins, pilotes, commandants et bateaux.

Comme j’ai pris la première à gauche en doublant St-Vincent je n’ai pas encore eu l’honneur de croiser la route de la Victoria qui, après être montée jusqu’aux Açores lors de son voyage retour, a pris les vents d’Ouest pour rentrer à Séville.
Lorsque je quitterai Portimao en route vers le Sud, je croiserai obligatoirement sa route. A un moment et un endroit précis que je ne connaîtrais jamais, Juan Elcano, mon brave bateau, cap au Sud, va traverser l’image de la Victoria  menée par Juan Elcano, son capitaine, cap à l’Est. A 498 ans de distance.

Imaginons « quelqu’un » dans l’espace situé à 498 années-lumière de la Terre. S’il regarde la Terre grâce à son téléscope, s’il parvient à percer les couches de nuages, il verra ce qui s’y passait il y a 498 ans, entre autres, la Victoria faisant voile vers Séville.
Ce moment, comme tous les moments est éternel, pour le voir il suffit d’être à la bonne distance-lumière de la Terre. Et il est partout parce que quiconque, où qu’il soit, pourvu qu’il soit à la bonne distance année-lumière pourra voir l’action se dérouler.
Tout ce que vous faîtes en ce moment est éternel. Il suffira à quelqu’un, doté du téléscope adapté, d’être à la bonne distance-lumière pour vous voir mettre la main dans le pot de confiture.
Chaud l’affaire !

Jo Le Guen

4 octobre – Le doute et la peur.


Le doute et la peur.

Bonjour,
Monter un projet c’est prendre le chemin de l’incertitude.
Vais-je parvenir à le rendre concret ?
Et s’il voit le jour, vais-je être à la hauteur ?
Depuis 3 ans je parle, et je parle et je parle.
J’ai d’abord parlé pour tenter de convaincre les uns et les autres de me suivre dans mon projet de traversée à la dérive de l’océan Atlantique des Canaries aux Antilles, sur un voilier sous lequel serait suspendu entre 5 et 10 mètres de profondeur, un container ouvert de 6 mètres de long.
L’idée était d’observer le développement de la vie dans et autour de ce container durant les environ 3 mois de traversée, poussés uniquement par la force du vent, des vagues et de la houle sur la coque du voilier.
On traversait l’océan à la dérive à reculons en remorquant notre container immergé.
Se déplacer sans bruit parasite à 2/3 km/heure en eaux chaudes aurait attiré tout ce qui vit dans l’océan.
Nous aurions créé un support de vie.
Je ne suis pas parvenu à monter ce projet.
Dans ces cas là on ne peut s’en prendre qu’à soi-même.
Déçu et frustré, je me suis plongé dans la lecture et me suis retrouvé avec le « Magellan » de Stefan Sweig.
J’ai pris conscience qu’entre Magellan, Vasco de Gama, Amerigo Vespucci, je ne savais pas vraiment qui avait fait quoi et dans quel ordre.
Je me suis plongé dans la littérature.
Au bout d’un moment, je me suis dit : en 2022, cela fera 500 ans qu’un des bateaux de l’expédition de Magellan bouclait le premier tour du monde à la voile dans l’histoire de l’humanité.
Et c’est reparti.
Histoire d’essayer de ne pas rester sur un échec,
histoire aussi de tenter aussi de servir à quelque chose,
histoire de ne pas rester assis à ne rien faire alors que je me sens encore en capacité d’agir,
histoire d’essayer de transmettre à quelques uns,
histoire de…histoire de…histoire de… me voilà en ce 4 octobre attendant une fenêtre météo pour quitter la Bretagne sur un brave petit voilier de 8m20 baptisé Juan Elcano du nom du premier capitaine à avoir accompli un tour du monde, ce qui n’était pas du tout son objectif initial.
Maintenant que j’ai réussi à être au départ, vais-je être à la hauteur ?
En Bretagne comme ailleurs, nous avons des phrases que l’on peut qualifier de définitives.
Pour les marins il y en a une, radicale :
Entre le dire et le faire, il y a la mer.
Et si je me vautrais au bout d’un jour de navigation, et si… et si… le doute.
La peur de n’avoir fait que parler et parler encore.
Cela fait 3 ans que je parle.
Si je n’avais pas déjà monté des projets et réalisé des traversées, je pourrai me dire que je ne suis bon qu’à parler.
Calme toi Joseph.
Vendredi ça a l’air d’être bon au niveau météo durant les 3 ou 4 jours qu’il me faut pour traverser le golfe.
Donc à vendredi sur l’eau.
On croise les doigts.
Si vous voulez suivre notre progression à Juan et moi-même, une carte animée actualisée chaque jour est à votre disposition sur la page d’accueil de Sillages
La prochaine newsletter devrait être écrite du bateau.
Si Dios quiere…
Jo Le Guen

26 septembre – L’attente

L’attente

Attendre que la météo veuille bien me laisser partir.
Le bateau est prêt (presque).
C’est Bagdad dans le Golfe de Gascogne.
Un site animé et coloré pour voir ce qui va se passer au niveau météo dans les prochains jours : Windy
En début de semaine j’ai cru pouvoir partir demain, dimanche 27, mais la fenêtre météo s’est refermée.
Le problème quand on se trouve en Bretagne et que l’on veut descendre le long du Portugal pour atteindre des cieux supposés cléments est qu’il faut traverser le Golfe de Gascogne.
Avec mon bateau il me faut entre 3 et 4  jours.
Demain dimanche le temps sera frais mais correct à la pointe de la Bretagne.
Mais si je pars demain je vais me faire cueillir par du vent fort et de face avant d’arriver en Espagne.
Vous pouvez me dire que faire face à des vents forts et de face fait partie de la navigation.
C’est vrai, j’en sais quelque chose.
Mais je pars pour un long voyage avec un bon petit bateau.
Tout voyageur a en tête le conseil de Racine : Qui veut voyager loin ménage sa monture.
Donc je ménage.
Windy me laisse entrevoir un départ dimanche 4 ou lundi 5.
Espérons qu’il ne changera pas d’avis d’ici là.
Partant pour essayer de refaire le parcours de Magellan m’amène à penser à lui bien entendu.
Les 5 navires de son expédition ont quitté Séville de 10 août, pour arriver à l’embouchure du Guadalquivir 2 jours plus tard.
Ils y sont restés 40 jours avant de pouvoir partir vers les Canaries le 20 septembre.
Que se passait-il dans la tête de Magellan durant ces 40 jours ?
Depuis déjà un bon moment il était au pied du mur n’ignorant pas qu’il avait menti à tout le monde, d’abord et avant tout au roi d’Espagne.
Il prétendait connaître un passage pour aller à ces fameuses îles aux épices, les Indes, en faisant le tour du nouveau continent découvert par Colomb, l’Amérique.
Il n’en savait rien.
Pourquoi les Espagnols ont cru ce Portugais taciturne, pas du tout le genre bonimenteur ?
Pour une bonne raison : l’appât du gain.
Ils enrageaient de voir le Portugal crouler sous l’or et l’argent en allant jusqu’aux Indes en contournant l’Afrique.
Route qui leur était interdite à la suite d’un traité qu’ils avaient eu la malencontreuse idée de signer en 1494 suite à la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb 2 ans plus tôt.
Marché de dupes. Ca s’appelle se tirer une balle dans le pied.
Ils avaient déjà tenté de trouver un passage au sud de l’Amérique en envoyant une expédition en 1516 descendre le long du Brésil.
Hélas ! Le commandant de l’expédition s’était fait tuer avec une dizaine de ses matelots au fond du rio de la Plata.
Le reste de la flotte avait fait demi-tour vite fait.
Et voilà que dans ce contexte, ce bougon de Magellan arrive à Séville en disant : « J’ai des informations ».
Les Portugais étaient les rois des mers à l’époque.
Ils étaient les seuls à détenir des informations sur un grand nombre de routes maritimes.
Et ce Magellan, n’a-t-il pas fait campagne aux Indes, n’est-il pas allé à Malacca, étape ultime avant les îles aux épices ?
Certains objectèrent qu’il s’était fait jeter [pardon pour le langage mais ça s’est passé comme cela] par Manuel 1er roi du Portugal lorsqu’il aborda la question de son projet.
Tout à fait logique rétorquèrent d’autres, les Portugais ont déjà accès aux épices en faisant le tour de l’Afrique, pourquoi prendre des risques inconsidérés pour obtenir ce qu’ils ont déjà ?
Ces derniers surent trouver les arguments pour convaincre le jeune Charles Quint.
Bingo !
Cet obscur portugais va jaillir en pleine lumière et tel que c’est parti…pour l’éternité.
Tout ça bâti sur un mensonge.
Chaud l’affaire.
Voilà ce que je voulais vous dire en ce 26 septembre 2020.
Je ne pars pas pour faire fortune, mais pour modestement mettre mon étrave dans le sillage de ces marins qui naviguaient dans des conditions épouvantables à la merci de toutes les maladies, du terrible scorbut entre autres.
242 marins participèrent à l’expédition dont un gamin de 7 ans.
91 revinrent en Espagne (pas le gamin abandonné à Brunei à 9 ans).
–   1 quitta l’expédition lors de la première escale aux Canaries,
– 55 eurent la vie sauve parce qu’ils avaient fait demi-tour dans le détroit pas encore dit de Magellan abandonnant le reste de l’expédition.
– 35 d’entre eux firent le tour du monde.
Y parviendrai-je ? Je ne sais pas.
Mais si tout cela vous intéresse, n’hésitez pas à adhérer à Sillages, l’association porteuse de ce projet dans lequel il n’y a pas une goutte de pub, que de l’eau de mer.
Bon vent à toutes et à tous.

Jo Le Guen  

5 septembre – The Covid

The Covid.

Bonjour,

Mon projet initial, refaire le parcours de Magellan en mettant mon étrave dans le sillage de sa flotte, m’arrêter là où ils se sont arrêtés il y a 5 siècles, n’est plus réalisable.
Les frontières du Brésil et d’Argentine sont fermées pour cause de Covid.
Quant à savoir quand elles rouvriront, bien malin qui peut le dire.
Au Chili elles le sont aussi, mais j’ai contacté le port de Punta Arenas qui se trouve au milieu du détroit de Magellan pour leur demander s’ils accepteraient que j’y fasse escale dans la mesure où j’arriverai là-bas en étant parti d’Espagne sans faire escale ni au Brésil ni en Argentine.
Ils m’ont donné leur accord. Cela implique entre 2 et 3 mois de mer sans escale, de Sanlucar situé à l’embouchure du Guadalquivir en Andalousie jusqu’au Chili.
C’est de Sanlucar qu’est partie l’expédition de Magellan au mois de septembre 1519.

Au bout d’un moment, il faut bien prendre une décision. On ne peut pas rester là à attendre on ne sait plus très bien quoi.

Je programme donc mon départ à la fin de ce mois de Lampaul Plouarzel à la pointe du Finistère.
Un passage rapide à Sanlucar pour “prendre la température”, imaginer les 5 navires de Magellan achevant leurs préparatifs au mouillage devant le port et “route pêche” comme on dit en Bretagne, direction la Patagonie.
Chaud l’affaire.
Il sera possible de suivre la progression de mon bateau sur une carte actualisée chaque jour consultable à partir de ce site. Je pourrai recevoir et émettre des mails ce qui permettra des échanges en particulier avec les classes qui suivront le parcours.
Les premières pierres de la mondialisation ont été posées durant cette période dite des “Grandes Découvertes”.
J’ai entrepris d’écrire un livre sur cette période fascinante qui a bouleversé, de manière pas toujours positive, loin s’en faut, la vie des habitants de cette planète.
Tenter de présenter de manière simple comment les principaux acteurs de cette période, le Portugal, l’Espagne, l’empire Ottoman, Venise et Gênes, ont façonné un monde nouveau tandis que Gutenberg mettait au point l’imprimerie et que Copernic démontrait que la Terre tournait autour du Soleil et non l’inverse.
Avec pour fils d’Ariane le voyage de Magellan et modestement, le mien. Vous trouverez les premières pages de ce livre sur la page d’accueil de ce site.
Chaque mois j’enverrai du bateau une quinzaine de pages que vous pourrez recevoir en pdf.
Cette aventure que je propose ne servira pas de support à une quelconque campagne de publicité, mais chacun sait que tout coûte, aussi je réserverai ces envois mensuels aux adhérents à Sillages.
Sachant que la cotisation annuelle est de 10€. 
C’est pas la mer à boire -:)
Bon vent à toutes et à tous
Jo Le Guen